16 juillet 2023

Un dimanche à Bad Ischl

 Dimanche 16 juillet. 


Bad Ischl, petite ville de la région du Salzkammergut et jadis capitale d'été de la puissante monarchie austro-hongroise, a été associée à la dynastie des Habsbourg durant au moins 700 ans. La Villa Impériale à Ischl fut décrite par François-Joseph comme un "paradis sur terre" pour lui et sa famille.

Presque chaque été des 68 années de son règne fut, selon ses propres mots, "un séjour divin à Ischl". En gros c'était un peu le Kerfraval du Kaiser, pour ceux qui ont la référence familiale ;-)

Ce matin, pour la première fois depuis notre arrivée en Autriche, nous n'avons pas mis le réveil. Il en résulte un vrai dimanche matin tranquille, même si nous savons que les visiteurs se pressent déjà dans la Kaiservilla.

Nous décidons de la rejoindre à pieds, car elle se trouve à moins de deux kilomètres. 

Les rues sont bordées de jolies villas, jardins, haies et grands arbres. Nous atteignons le centre ville, encore calme à cette heure.


Après avoir payé l'entrée, nous avons rendez-vous pour la visite de 10:45.

Le hall de la villa présente des murs recouverts de trophées de chasse, en grande partie des cornes de chamois.


Chaque trophée porte une année ; on apprendra lors de la visite qu'il s'agit du tableau de chasse personnel de l'empereur Franz-Joseph. De fait, les murs des escaliers principaux de la villa en sont tapissés ! Outre les très nombreux chamois, on retrouve un aigle, des cerfs et même une tête d'ours, abattu par l'empereur en Russie ! C'est un véritable holocauste ! "Einundfünzig tausend" ai-je eu l'impression de comprendre dans le discours du guide : 51 000 victimes de la passion du Kaiser !


Mais pour l'heure, nous attendons 10:45 dans le hall d'entrée. Un monsieur en costume traditionnel autrichien lit sur un banc. Il s'avérera que c'est notre guide. Malgré l'espoir d'une visite en français (nous sommes six dans le groupe) ou en anglais (les chinois sont les plus nombreux... comme toujours), le guide annonce qu'il fera son tour en allemand... notre groupe comportant, il est vrai, une dizaine d'autrichiens.

Nous pourrons néanmoins profiter des brochures en français qui nous sont distribuées à l'entrée. 

La visite nous rappelle un peu Schönbrunn ou le Hofburg : une résidence impériale, des pièces magnifiquement décorées dédiées à chaque fonction : les salons de Sissi - dont le petit cabinet qu'elle quitta en juillet 1898 juste avant son assassinat en Suisse le 10 septembre suivant ; le cabinet n'a pas été touché depuis -, le balcon donnant sur le parc, sur lequel la famille prenait ses petits déjeuners les jours de beau temps, puis différents salons où les personnalités mondiales ainsi que les ambassadeurs étaient reçus. L'endroit le plus important de la villa se trouve au coin nord-est de l'étage. C'est le bureau de travail de l'empereur, rendu tristement célèbre par le fait qu'il y signa la déclaration de guerre à la Serbie après l'assassinat de l'Archiduc Franz-Ferdinand, prétendant au trône d'Autriche, et de son épouse Sophie le 28 juin 1914, constituant le point de départ des deux catastrophes mondiales que l'on connaît. Cet ultimatum de l'Autriche-Hongrie à la Serbie fut délivré le 23 juillet.

Le reste de la visite est largement consacré à la passion de François-Joseph pour la chasse. Outre ses trophées les plus fameux - dont ce chamois empaillé grandeur nature, présenté comme sa 2 000e victime - et de nombreux tableaux sur ce thème, on retrouve sa tenue traditionnelle, des fusils et armes diverses. C'était manifestement un "pro" et un grand passionné de ce sport !

La dernière salle, dite salle à manger, présente une nouvelle reconstitution d'une table impériale typique de cette époque, à savoir : assiettes en porcelaine et en or, 5 ou 6 couverts tous à droite de l'assiette, environ le même nombre de verres, etc. C'est très beau mais une fois de plus, les photos étaient interdites. 

À ce propos, nous sommes navrés de constater que le groupe de chinois qui nous accompagne se comporte de manière totalement inappropriée : non seulement ils mitraillent de façon éhontée, mais en plus de cela touchent les meubles au-delà des cordons de sécurité et parlent tellement fort que des personnes du groupe d'autrichiens leurs demandent de se taire : ils ont du mal à entendre le guide ! Ce manque total d'éducation est franchement déplorable, et ce groupe de malotrus quittera même la visite prématurément. 

Bon, allez, pour dire que personne n'est parfait, je reste tellement séduit par la reproduction miniature de la statue d'Élisabeth que je finis par "voler" également mon seul et unique cliché de la visite, que voici :


La visite continue par le parc, très agréable, avec notamment de très beaux arbres. Certains d’entre eux ont-ils été témoins des promenades du couple impérial ?

Nous déjeunons pour une fois à la location (même si ce sont nos salade-sandwichs achetés la veille à Gmunden).

Après une bonne sieste - eh oui, après tout, c'est dimanche ! ...et puis dehors il fait toujours plus de 30°C -, nous décidons d'aller passer le reste de l'après-midi dans Bad Ischl.

Évidemment, nous sommes dimanche et tout est fermé. Nous savions que les autrichiens étaient assez respectueux du repos dominical - y compris concernant les activités touristiques -, nous ne sommes donc pas surpris.


Nous descendons le long de la rivière Traun, vers un lieu dénommé "Sissi-Park" (elle est partout, je vous dis !).

De fait, il s'agit d'une promenade bien  agréable et l'on tombe sur un des lieux emblématiques d'Ischl : le café Zauner (Konditorei Kaffee Zauner Stammhaus, ou confiserie Zauner).

Fondé en 1832, il était fournisseur de la famille impériale.


C'est aujourd'hui un café chic ou l'on peut déguster toutes sortes de pâtisseries (notamment le célébrissime Apfelstrudel), des centaines de cafés et toutes sortes de Frühstück. 
Très classe, mais un peu tard pour le thé !


Nous déambulons ainsi dans une ville désertée de ses commerçants. 







L'église Pfarre est un joli monument, dont l'aiguille très pointue tranche avec les bulbes aperçus jusqu'alors.

Nous poussons une fois de plus la porte pour découvrir un intérieur toujours aussi richement décoré, quoique peut-être plus sobre que d'habitude. 


Le Kurpark, très fleuri et ombragé, nous permet de nous asseoir un instant. On peut y voir une statue de Franz Wirer, médecin ayant utilisé les effets curatifs de la saumure et établi la réputation mondiale de Bad Ischl en construisant le premier spa de saumure autrichien. 



Notre pause dans le parc est l'occasion d'un fou rire mémorable. La mise en scène : je suis sur le banc et observe depuis quelques minutes une fontaine à jets d'eau. Manifestement, les motifs dessinés évoluent dans le temps. C'est alors que je décide de les filmer. Oh, pas long : juste 3 ou 4 petites séquences de 10 secondes tout au plus. Oui mais voilà : c'était sans compter avec le quidam crampon (j'ai pensé "boulet" ? Rhôô...) qui s'installe nonchalamment sur la scène convoitée et... y reste. Alors voilà donc monsieur et madame qui s'approchent. Puis monsieur se détache et file se planter devant la fontaine. "Ce n'est que le temps d'une photo" me dis-je avec confiance. Mais non. Celui-ci appelle sa femme, et comme elle ne vient pas, s'assoie sur le bord de la fontaine et commence à lire des trucs sur son portable. "Il va forcément repartir" me re-dis-je. Mais non ! Entre temps, madame s'est rapprochée et il sont maintenant tous deux assis sur la fontaine. Ah mais ça y est : ils se lèvent ! En plaisantant, je dis : "ah ah il manquerait plus qu'ils aillent s'installer au fond !". Eh bien devinez quoi ? Ils y sont allés, s'installer au fond. Et monsieur de mettre en scène son épouse, et la dame de jouer les naïades sur le bord du massif. Mais ILS SONT TOUJOURS DANS LE CHAMP !!! Après 10 minutes, j'abandonne : ils ont été plus forts que moi ! 

La scène de la naïade 




Chantal et Blandine explosées de rire, j'ai eu du mal à les récupérer ! 




Nous terminons notre tour par le Kongress & TheaterHaus, où Strauss s'est paraît-il produit (il y a donné sa sérénade... Williams ajoute Blandine, copyright !)


La rue suivante nous dévoile de somptueuses demeures, preuve que la riche société autrichienne est aussi bien présente dans la station thermale. 

Ce fût une très belle journée, contrairement aux prévisions météo qui nous promettaient de l'orage. Encore une belle découverte ! 

De façon beaucoup moins poétique mais beaucoup plus pragmatique, le fait d'être en location nous a aussi permis de faire trois lessives !

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